SE POSITIONNER PAR RAPPORT AU CHEVAL

 

Agir et fonctionner avec un cheval,  c’est aussi se positionner l’un par rapport à l’autre, c’est très important et absolument nécessaire pour trouver le juste équilibre.  Le cheval étant une proie, il a réellement besoin de pouvoir se situer par rapport à un autre individu. Il va être soit dominant, soit dominé. Et cela est un préalable à considérer, dès que l’on se trouve en présence d’un cheval. Et pour des raisons d’évidente sécurité, c’est toujours à nous d’être le dominant. Mais attention, être dominant ne signifie aucunement soumettre, ni user arbitrairement d’une autorité sans limite, ni refuser systématiquement toute proposition du cheval. Dans un troupeau de chevaux, le dominant n’est pas celui qui attaque les autres, ni qui les chasse avec agressivité, ni qui perturbe tout le monde. Le dominant apparait souvent au moment des repas, il est prioritaire, et sans forcément de conflit. Et surtout, son rôle prend toute son importance au moment d’une situation de danger, car c’est lui qui va prendre les décisions, et c’est celui qui va être suivi par le reste du groupe. Il a donc la charge de la sécurité, c’est lui qui protège et qui rassure. Voilà quel est ce positionnement de chef qu’il nous appartient d’endosser, tout en restant nous-même très gentil.

Mais que signifie le mot « gentil » ? Les synonymes sont nombreux et très éloquents pour désigner ce terme : agréablecharmant, délicatplaisant, bienveillant, aimable, attentionné, complaisant, sympathique… Dans l’approche bienveillante du cheval, tous ces qualificatifs correspondent parfaitement, car la gentillesse en est une des composantes fondamentales, cependant une nuance majeure tient à la forme que nous allons donner à cette gentillesse, selon que nous allons l’utiliser d’une manière « faible » ou « forte ». La faiblesse correspond à un manque de force qui engendre une incapacité à se défendre ou à résister à une agression. Elle sous-entend donc la vulnérabilité et la mise en danger. La force, au contraire, est synonyme de vigueur physique, de potentiel d’action efficace, de capacité à réagir, donc de sécurité et de pouvoir. Chez les chevaux, le fait d’être « gentil » n’existe pas. Ils fonctionnent uniquement selon la notion de dominant ou de dominé.  C’est pourquoi, certaines personnes très gentilles, se font dépasser par leur cheval, sans en comprendre la raison. Le cheval est alors considéré comme ingrat, voire « méchant ». Et voici apparaître l’anthropomorphisme qui essaie de comprendre le cheval à partir de notions humaines. Le cheval indiscipliné, qui déborde l’humain pourtant si généreux, n’est pas « ingrat » : la notion de réciprocité n’existe pas chez les chevaux : ils ne vont pas être « gentils » avec nous parce que nous prenons bien soin d’eux, avec de la bonne nourriture, de belles couvertures et autres choses agréables et confortables. Ils ne fonctionnent pas ainsi. Avec tout cheval, il est indispensable de se positionner en dominant, bienveillant bien sûr, donc « gentil fort ». Le cheval doit nous percevoir protecteur et sécurisant. Dans le cas contraire, si nous sommes simplement «gentil », donc « faible », nous le mettons dans une situation qui va l’obliger à prendre le dessus, donc le pouvoir. En effet, et cela est instinctif, un cheval qui se trouve avec un humain « gentil faible » est confronté à l’obligation de mise en sécurité du groupe auquel il appartient. Si l’humain dont il dépend n’est pas en mesure de prendre la place du dominant protecteur et rassurant, il lui revient alors de jouer ce rôle, parfois malgré lui, c’est une question de survie. Et le cheval peut ainsi devenir difficile à gérer, voire dangereux, car il cherche des limites dont il a besoin pour pouvoir se situer lui-même, pour évaluer son potentiel de pouvoir, pour connaître ses propres limites, afin de se rassurer et de s’équilibrer. Ce sont bien les humains « gentils faibles » qui peuvent être à l’origine de certains comportements déviants ou excessifs de leurs chevaux. Et rectifier les chevaux ne suffit évidemment pas dans ces cas-là, une remise en question des humains est nécessaire, bien que le changement requis ne soit pas toujours possible pour eux.