LA PENSEE DU CHEVAL

 

 

Eh oui, un cheval pense, comme nous, son cerveau est en activité, mais pour des affaires et des histoires de chevaux. Et se préoccuper de ce sujet est indispensable lorsque l’on travaille avec des chevaux, car c’est cette pensée dont nous avons besoin pour que le cheval s’investisse dans nos activités et les comprenne, mais c’est aussi cette même pensée qui peut gêner et entraver la relation avec le cavalier en équitation. C’est pourquoi il est nécessaire de la prendre en considération, c’est-à-dire de la percevoir et de l’observer. Tous les chevaux sont éduqués ou dressés au moment de leur prise en main, et ensuite cela continue pour les former à la discipline à laquelle ils sont destinés. Mais éduquer ou dresser un cheval sous-entend intervenir sur son fonctionnement cérébral, donc sur sa pensée.

 

Comment fonctionne la pensée du cheval ?

Ce que je vais dire correspond à mes observations sur des chevaux qui « travaillent » à la voix, donc en autonomie. Des savoirs leur ont été enseignés, et il leur est demandé de les reproduire seuls. Cela sous-entend qu’ils sont en liberté, avec des consignes verbales, associées de temps en temps à des indications gestuelles ou corporelles, mais ponctuelles, secondaires et complémentaires. Dans le travail à pied, de proximité ou à distance, voici ce que j’ai pu observer :

-          Une grande concentration instantanée dès qu’ils sont lâchés

-          Moins de concentration, dès que la corde est tenue, même longue

-          Ils réfléchissent fortement pendant les exercices

-          Dans les premières séances, la pensée est lente chez les chevaux préalablement formatés, puis elle s’active et les réponses suivent plus facilement

-          La pensée est plus rapide chez les jeunes chevaux

-          La pensée s’entraîne, les sujets plus âgés, après un temps d’adaptation, parviennent presque à autant d’aisance que les jeunes

-      Le cheval pense aussi après les séances, à ce qui a été fait ou enseigné : certains chevaux font des pauses de réflexion, pendant lesquelles ils s’immobilisent, pensifs, même parmi des congénères, pendant quelques minutes, juste après une séance

-          La pensée est anéantie par le travail ‘’à l’usure’’

-       La pensée du cheval répond à une logique qui facilite sa compréhension

-          Le fonctionnement cérébral s’améliore et devient de plus en plus rapide et performant au fur et à mesure que le travail progresse

-          Les chevaux aiment les exercices qui leur demandent de la réflexion

-          Ils deviennent « addicts » aux exercices plus cérébraux (reconnaissance de formes, de sons, de couleurs, etc…)

-          Le fonctionnement cérébral diffère selon les exercices et demande des états de concentration différents

 

Alors il y a des questions évidentes que certains vont certainement se poser : comment voit-on qu’un cheval pense ? Et comment voit-on qu’un cheval réfléchit ?

La pensée du cheval se voit à son regard : le cheval pense à ce qu’il regarde. Si vous faites passer un cheval entre deux cônes, la première fois, il devrait baisser le regard pour venir observer ce que sont ces deux objets posés au sol et qu’il va franchir. Si, au contraire, lors de l’approche de ce passage entre deux cônes, le cheval tourne ses yeux vers vous, il pense à vous et non pas à ce qui est au sol. De même, s’il regarde de l’autre côté en marchant car il a aperçu l’un de ses congénères au loin, encore une fois, sa pensée ne sera pas posée sur les cônes, mais sur le cheval qui est au loin. Et lorsqu’il passe entre les deux cônes en regardant droit devant lui, il ne pense pas non plus aux cônes, il pense à ce qu’il y a devant lui. L’orientation du regard du cheval nous permet de remarquer sur quoi il fixe sa pensée.

Lorsque le cheval réfléchit, son regard est différent, il est comme tourné vers l’intérieur de lui, il ne regarde rien et cela s’observe très bien si l’on y fait attention. Un cheval monté en dressage par exemple, ne regarde pas son environnement, son regard est tourné vers sa concentration intérieure, occupée à percevoir les aides et les indications de son cavalier.

De même, un cheval en stress extrême, ne regarde rien en particulier, mais ses yeux se déplacent dans tous les sens, sa pensée est chaotique et déstructurée, son regard est fuyant et désordonné, cela témoigne d’une manière très significative de son état intérieur perturbé.

Ainsi, travailler avec la pensée du cheval, revient à observer son regard de manière permanente : celui-ci devient le tableau de bord qui nous donne toutes les indications relatives à son activité mentale. Cela permet d’agir avec beaucoup plus de précision lors des enseignements que nous allons apporter au cheval, car nous pouvons nous adapter instantanément à ses capacités de compréhension, mais aussi de concentration, qui sont des éléments majeurs lors de tout apprentissage.

 

Se rendre compte des moments où le cheval réfléchit n’est pas forcément évident, et il faut apprendre à observer certains signes révélateurs. Bien souvent, nous ne nous rendons pas compte de cette réflexion et bousculons le cheval.

Les signes qui permettent de reconnaître que le cheval réfléchit sont :

 

-          Le cheval va voir les objets intervenant dans les exercices au sol, barres, cônes , cerceau, socle, etc… C’est souvent très discret.

-          Il ralentit parce qu’il a besoin de temps pour analyser chacun de ses mouvements par rapport aux demandes qui lui sont adressées.

-          Il a un regard particulier, comme tourné vers l’intérieur de lui

-          Il peut aussi s’arrêter car tout va trop vite et il ne suit plus la trop grande rapidité de nos demandes.

Et il ne faut pas oublier que le cheval réfléchit aussi après le travail, il analyse ce qui a été réalisé pendant la séance. Ceci est maintes fois avéré par des cavaliers qui constatent que, d’une séance à l’autre, le cheval a évolué dans des apprentissages. Ainsi, un exercice non abouti en fin de séance peut étonnamment être acquis en début de séance suivante ; de même, à l’inverse, un exercice que l’on croyait acquis car le cheval l’avait bien réalisé la 1ère fois, va finalement devoir être totalement repris la séance suivante : le cheval est dans le doute et l’incertitude et semble ne plus rien comprendre, il faut alors tout recommencer et réexpliquer avec précision.

 

C’est aussi pour permettre cette réflexion que les apprentissages doivent se faire au ralenti, lentement, avec le geste juste très précis que le cheval va recevoir, analyser, comprendre et intégrer.