la thÉrapie Émotionnelle du cheval

Ces dernières décennies, la médecine vétérinaire s’est avantageusement développée pour soigner de très nombreuses pathologies physiques chez le cheval, mais l’aspect psychologique, s’il a été abordé et décrit par de nombreux auteurs et chercheurs, est un domaine qui n’offre pour le moment que très peu de solutions pour les chevaux en souffrance émotionnelle. La recherche du bien-être du cheval est une nouvelle préoccupation qui accorde une large place à des avancées favorables pour le cheval, telles que le parage naturel, les conditions d’hébergement plus tournées vers l’extérieur, le saddle-fitting et le bit-fitting (adaptation de la selle ou de l’embouchure au cheval) ou encore la monte sans mors. La recherche du bien-être émotionnel a été amorcée, mais celui-ci n’est pas encore clairement défini, et la dérangeante remise en     cause de certaines pratiques équestres en freine le développement.

BIEN-ÊTRE OU MAL-ÊTRE ÉMOTIONNEL : comment savoir ?

Difficile de savoir si un cheval se sent bien ou pas, si sa vie lui plait ou non, si les activités qu’on lui propose lui conviennent ou pas, si ses congénères lui conviennent ou non, d’ailleurs la plupart du temps, on ne se pose pas la question. Une des grandes lacunes de l’équitation est de présenter le cheval juste comme un corps que  l’on va utiliser, et autre inconvénient de l’équitation, elle enseigne la domination arbitraire : le cheval doit obéir et se soumettre, s’il résiste c’est qu’il a du « caractère », donc cela autorise l’emploi de moyens de coercition.

 

1.      Le cheval-corps : l’équitation enseigne l’anatomie, la physiologie, la nourriture, les soins, etc… mais le cheval n’est jamais appréhendé en tant qu’individu sensible et pensant, avec un cerveau, des opinions, des idées, des envies, des émotions. Cette partie du cheval est généralement occultée.

 

2.      La domination arbitraire : l’humain doit pouvoir gérer le cheval pour des raisons de sécurité d’abord, d’utilisation ensuite. Il exerce donc une dominance en toutes situations en obtenant la soumission totale du cheval et son acceptation passive : celui-ci se laisse mener, monter, panser, etc…sans plus manifester de volontés personnelles.

 

Voici pour la théorie, mais en réalité, les choses sont beaucoup plus complexes.

 

Que se passe-t-il émotionnellement pour le cheval lors de ses interactions avec nous ?

1.      Notre monde est totalement inconnu pour lui, tout comme notre fonctionnement donc cela peut générer stress et anxiété

2.    Nos demandes sont souvent absurdes, inexistantes dans son monde de cheval donc potentiellement génératrices de stress et anxiété.

3.  Les explications manquent souvent et quand le cheval résiste car il ne comprend pas, la contrainte, les cris, la coercition interviennent, donc  également le stress et l'anxiété.

4.      Le sevrage est souvent brutal, le poulain n'est pas toujours prêt.

5.      Le débourrage est parfois trop rapide, sans préparations, sans explications, il peut être mal vécu car imposé et incompréhensible.

6.      Les premières manipulations ne pas sont toujours préparées, donc forcées.

7.      On observe souvent de la brutalité physique qui est tolérée car justifiée par l'obligation de domination.

8.      La notion de « travail » est inconnue pour le cheval qui le subit et n'adhère pas forcément.

9.      Le non respect des volontés et des besoins profonds du cheval est une réalité.

10.  Le cheval subit de nombreux interdits incompréhensibles pour lui avec un déni de ses mal-être psychologiques et une interdiction de ses expressions personnelles.

 

QU’EST-CE QUE LA THÉRAPIE ÉMOTIONNELLE DU CHEVAL ?

C’est une pratique qui permet de « réparer » psychologiquement des chevaux traumatisés en améliorant et en rectifiant leur appréhension des éléments perturbateurs.  Le mal-être d’un cheval peut prendre différents aspects, pas toujours évidents à identifier.

 

 

1.      Le cheval est très rebelle, résiste, s’oppose, peut même manifester de l’agressivité : on dit généralement qu’il a du « caractère », mais une opposition, quelle qu’elle soit, est toujours l’expression d’un mal-être.

 

2.   Le cheval est soumis, mais cette soumission n’est que partielle, il manifeste encore certaines velléités mais de manière acceptable et les cavaliers s’en accommodent sans  s’en préoccuper : le cheval est ainsi, c’est tout, les enrênements, les embouchures et les séances de travail feront le reste.

 

3.   Le cheval est soumis sans rien exprimer ouvertement, mais il ne va pas bien : grincement de dents, contractures, petites résistances persistantes, stress, anxiété, sudation, piétinement, agitation… sont de petits signes révélateurs d’un inconfort présent et souvent permanent.

 

4.   Le cheval est soumis mais totalement intériorisé : il ne réagit plus à rien, ce que beaucoup de cavaliers apprécient car ils disposent d’une monture agréable et facile, sans se poser la question des ressentis réels du cheval.

 

L’IMPORTANCE DES SCHÉMAS MENTAUX

Au cours de sa vie, le cheval vit différentes situation et de multiples expériences, qu’il va enregistrer comme étant positives ou négatives. Il se crée ainsi des schémas mentaux, positifs ou négatifs. Les évènements traumatisants génèrent des schémas mentaux négatifs que le cheval va garder en mémoire tout au long de sa vie. Ces souvenirs vont rester incrustés en lui, et peuvent être réactivés même plusieurs années après l’évènement lui-même. Tant qu’une mémoire négative n’a pas été rectifiée, son empreinte va affecter le cheval à chaque remise en situation d’un évènement similaire. Un ancrage émotionnel négatif ne se résout jamais seul et peut donc persister et ressurgir, même après des années de mise en sommeil.

 

L’amygdale cérébrale est une petite partie du cerveau qui est le centre de la peur où sont stockés tous les souvenirs inconscients. C’est elle qui déclenche les molécules cérébrales de stress (adrénaline, cortisol). Lorsque le cheval est soumis à une peur, un stress ou une anxiété intense, lorsqu’il lui est interdit d’exprimer ses émotions, son inquiétude, sa tristesse ou sa colère, il peut se produire une déconnexion de ses ressentis pour mettre fin à la souffrance engendrée par la situation. Le cheval intériorise ses émotions, se déconnecte partiellement ou totalement de l’extérieur. On obtient soit un cheval qui n’écoute plus rien, que l’on ne peut plus atteindre et qui se replie dans son mal-être (trottinement, sudation, galop sur place, excitation), soit un cheval qui ne réagit plus à rien du tout (pas même un regard ni une écoute, la tête généralement assez basse, le regard vide), ce qui est anormal car il a perdu son instinct de survie, il est cérébralement éteint.

 

Les neurosciences affectives et sociales ont démontré que l’expression des émotions est bénéfique à l’apaisement et à la régulation de l’amygdale cérébrale. Elles ont également établi que la maltraitance, physique ou verbale, provoque des somatisations, des troubles anxieux ou de la dépression.

 

COMMENT FONCTIONNE LA THÉRAPIE ÉMOTIONNELLE ?

La thérapie émotionnelle du cheval  a pour objectif de travailler sur les schémas mentaux du cheval pour les rectifier, et remplacer ceux qui sont négatifs par des images nouvelles et positives. Pour cela, on distingue plusieurs étapes :

 

-          Évaluation de différents paramètres relatifs au cheval

·         son tempérament

·         son caractère

·         sa personnalité

 

-          Identification de ses schémas mentaux négatifs

-  Manifestation

-  Origine

-  Durée

 

-          Détermination du protocole de résilience adapté au cheval

o   Création du lien

o   Exercices d’assouplissement et de décontraction

o   Exercices d’éveil

o   Exercices spécifiques à la situation: ces exercices interviennent précisément sur les schémas mentaux négatifs que le cheval s'est construit. Ils vont lui donner l'occasion d'affronter les situations génératrices de mal-être pour les surmonter dans un premier temps, puis même parfois les apprécier ensuite. 

 

-          Utilisation de la communication verbale bienveillante : mise en place d’une atmosphère soutenante, avec accompagnement et valorisation du cheval.  pour une action directe sur son équilibre émotionnel.

 

L’UTILISATION THÉRAPEUTIQUE DE LA VOIX

Les neurosciences affectives et sociales ont démontré l’importance de la bienveillance dans la régulation des émotions:

-  meilleur équilibre émotionnel

-  favorise la faculté de penser

-  favorise la concentration

-  régulation des fonctions vitales

-  diminution du stress, de l’anxiété, de la colère, de l’agressivité

 

Bien utilisée, la voix permet d’installer une atmosphère bienveillante qui dispose le cheval favorablement pour tous les apprentissages, lui fait aimer les échanges avec nous, diminue son stress et son anxiété, génère chez lui des émotions positives. Une voix douce et respectueuse déclenche la sécrétion de molécules cérébrales anti-stress, dont l’ocytocine qui est la molécule de l’amitié, de l’attachement, du bien-être. Elle fonctionne comme un puissant anxiolytique et permet de développer la coopération et la confiance du cheval. Elle est sécrétée chaque fois qu’il y a des mots doux, un contact tendre, des caresses, des sourires une ambiance chaleureuse, un regard bienveillant.                

 

             Utiliser la voix avec le cheval ne se fait pas au hasard. LA COMMUNICATION VERBALE BIENVEILLANTE est une technique qui s’apprend et qui répond à des critères bien précis.

 

INTERVENTION ET APPLICATION

La réparation émotionnelle d’un cheval est une démarche qui se tient sur une certaine durée, plusieurs semaines voire plusieurs mois. C’est un travail de patience, à entreprendre avec sérénité, sans se fixer d’objectifs précis. Chaque cas est individuel et doit être abordé en fonction du cheval.

 

Le travail va être effectué par une seule personne, toujours la même. Cela n’empêche pas l’utilisation habituelle du cheval, hormis parfois quelques réserves temporaires. Cette personne va devenir le référent du cheval, auquel il va accorder sa confiance pour commencer à s’ouvrir.

 

Mon intervention s’effectue sur une visite qui va durer environ 3 heures et qui comprend :

-          l'entretien de présentation du cheval et de ses problèmes

-          l’approche-évaluation du cheval

-          la préparation du cheval au protocole de résilience

-          les explications et la préparation de la personne référente

-          la mise en place du protocole de résilience

 

Les limites : la résilience peut être totale ou seulement partielle, tout dépend de l’importance des traumatismes psychologiques, de leur origine, de leur persistance ou non, du cheval, de la personne qui va appliquer le protocole, etc… Une certaine fragilité émotionnelle peut perdurer par la suite selon les cas.

 

Intervention sur RV: contact par téléphone ou mail