Le cheval, la voix et les neurosciences                 affectives et sociales

 

Les neurosciences portent leurs études sur le cerveau et son fonctionnement. Contrairement aux neurosciences cognitives (apprentissages, mémoire), les neurosciences affectives (étude des émotions, des sentiments, des capacités relationnelles, etc.) sont très peu connues en France. Les progrès considérables réalisés ces dernières années dans ce domaine apportent de plus en plus de réponses à certaines questions, notamment sur les émotions, l’affectivité, les relations aux autres, la vie sociale. Les dernières découvertes sont majeures pour l'éducation et l'enseignement.

 

Les neurosciences affectives montrent l’importance des comportements bienveillants et soutenant sur le développement du cerveau. Elles démontrent également les effets nocifs du stress et de la peur. Elles encouragent à prendre conscience des comportements négatifs perturbants mais aussi des formes de communication humiliantes ou blessantes qui ont des répercussions très importantes sur le fonctionnement de certaines aires du cerveau.

 

Le cheval est un mammifère supérieur qui dispose d’un cerveau dont le fonctionnement est identique en ce qui  concerne les apprentissages, mais aussi les émotions et les sentiments. C’est un être vivant doté de capacités intellectuelles (pensées, observation,  analyse, réflexion, mémoire, imagination), de sentiments et d’émotions, d’une personnalité bien individualisée et d’un caractère propre.

 

L’approche à la voix est basée  sur la prise en compte première de l’émotionnel et de l’affectif du cheval. Être chaleureux avec le cheval, lui donner confiance, l’encourager, le soutenir, avoir du respect et de la considération pour lui n’est pas une utopie. C’est tout à fait réalisable, si la motivation est là pour créer une atmosphère accueillante, chaleureuse, sans stress, favorable à l’épanouissement du cheval donc à l’apprentissage. Seule une relation empathique et bienveillante lui permet de déployer toutes ses possibilités intellectuelles.

 

Des émotions et des sentiments l’animent continuellement : joie, peur, tristesse, colère, ennui, etc. Il est important d’en prendre conscience et d’en tenir compte. Les expériences affectives agissent profondément sur le cheval, sur son cerveau avec une influence sur les sécrétions des molécules cérébrales. Une attitude soutenante et bienveillante  favorise le développement de l’hippocampe. L’hippocampe est au cœur de tout apprentissage. Il fabrique des nouveaux neurones continuellement, tout au long de la vie, et il est remodelé en permanence. Sa taille varie en fonction des apprentissages, des souvenirs. Le contact rassurant, sécurisant s’accompagne d’une augmentation du volume de l’hippocampe. La mémoire et l’apprentissage sont intimement liés. La mémoire est la trace qui reste d'un apprentissage.

 

Le stress en fragilisant l’hippocampe, affaiblit la mémoire perturbe l’apprentissage. La maltraitance verbale ou physique diminue le volume de l’hippocampe. La peur empêche de penser et d’apprendre. Quand il y a du stress : les circuits pour penser, apprendre, réfléchir, mémoriser, sont perturbés voire inhibés. Quand le stress est intense, il y a dépossession des facultés intellectuelles : penser clairement n’est plus possible. Les ambiances stressantes diminuent les capacités cognitives. C’est un cercle vicieux, quand le cheval a peur, il apprend mal et ne veut plus aller travailler. En situation de maltraitance verbale ou physique, le cheval se déconnecte de ses ressentis pour ne pas souffrir.

 

Quand l’humain s’énerve, se met  en colère, crie, punit, il transmet directement son énervement, sa colère, son angoisse, sa peur au cheval. L’éducation par la peur est très nocive : la peur, les menaces  laissent des traces souterraines, délétères qui continuent à agir sur le long terme. En situation de stress, les glandes surrénales sécrètent une hormone, le cortisol. Si le stress se prolonge, le cortisol en trop grande quantité agresse les neurones de l’hippocampe, freine leur multiplication, diminue leur nombre et peut les détruire. L’effet est désastreux sur les apprentissages et la mémoire. Le cortisol active l’amygdale, centre de la peur, altère l’hippocampe. L’esprit est paralysé par la peur. Le cheval n’est plus capable d’écouter ni d’apprendre. Il mémorise dans son amygdale les émotions de peur, d’angoisse, mais n’enregistre rien dans son hippocampe.

 

 

La méthode d’enseignement à la voix bannit totalement la peur et le stress. Les chevaux apprennent mieux, mémorisent plus, sont plus créatifs. Le contact doux, les échanges respectueux, provoquent la sécrétion de molécules bienfaisantes, anti-stress, principalement l’ocytocine.

L’ocytocine est la molécule de la relation aux autres et de l’amitié. C’est l’hormone du lien, de l'affection. Elle intervient  sur les régions du cerveau qui régissent les comportements émotionnels et sociaux. Elle accroit le sentiment de confiance, procure du bien-être, aide à percevoir les émotions et diminue le stress. L’ocytocine déclenche la sécrétion successive de plusieurs molécules : la dopamine, les endorphines et la sérotonine. La dopamine stimule la motivation, donne du plaisir, de l’allant. Les endorphines génèrent une sensation de bien-être. La sérotonine permet la stabilisation de l’humeur.

 

L’utilisation maîtrisée de la voix permet de créer des relations bienveillantes et chaleureuses avec le cheval, et aide celui-ci à évoluer positivement. Cela augmente son sentiment de bien-être, de confiance, diminue son anxiété et son agressivité. L’importance du jeu et du plaisir qui en découle est à souligner. Rire et s’amuser avec le cheval est très bénéfique pour son cerveau. Jouer régulièrement avec lui participe au développement de son  intelligence émotionnelle et à son équilibre psychologique global.

 

Les personnes qui utilisent cette approche à la voix avec le cheval bénéficient elles aussi des effets positifs de cette pratique. Elles s’harmonisent avec le cheval, s’apaisent, et s’ouvrent à l’empathie et au plaisir. Elles découvrent la communication verbale avec le cheval. Celle-ci repose évidemment sur des mots, mais plus particulièrement sur les échanges émotionnels. C’est le contenu émotionnel de la voix qui va donner de la couleur aux échanges et qui va réellement être partagé avec le cheval. Celui-ci est un excellent révélateur des états émotionnels et facilite leurs prises de conscience et leur rectification. Travailler un cheval à la voix, c’est avant tout se découvrir et travailler sur soi-même.

Installer la qualité et le climat des relations, c’est-à-dire surtout la sécurité, la confiance, la douceur et l’empathie, n’est pas un accessoire utile et sympathique, c’est le terreau même qui conditionne tout le potentiel de la communication avec le cheval. La patience, l’intelligence émotionnelle, la bienveillance, mais aussi la présence, tout cela s’apprend, s’affine et se développe comme la plupart des autres facultés, pour le plus grand bénéfice des pratiquants.